Le tenon-mortaise est l’assemblage le plus résistant du mobilier autoportant. Sa surface de collage, répartie sur quatre faces, dépasse largement celle d’un tourillon ou d’un lamello. Nous recommandons de l’aborder dès que le travail à l’équerre et au ciseau à bois est acquis, sans passer par des mois d’exercices intermédiaires.
Anatomie du tenon-mortaise : comprendre l’assemblage avant de tracer
Un tenon se définit par trois cotes : épaisseur, largeur et longueur. L’épaisseur du tenon correspond au tiers de l’épaisseur de la pièce dans laquelle il est taillé. Cette règle du tiers garantit que les joues de la mortaise conservent assez de matière pour ne pas éclater sous contrainte.
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La mortaise reçoit le tenon. Sa profondeur dépasse la longueur du tenon d’un à deux millimètres pour créer un réservoir de colle au fond. Les épaulements, de chaque côté du tenon, masquent les imprécisions et empêchent la rotation latérale de l’assemblage.
Nous distinguons deux familles utiles au débutant :
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- Le tenon-mortaise débouchant, visible des deux côtés du montant, plus facile à exécuter parce qu’on peut nettoyer la mortaise de part en part au ciseau.
- Le tenon-mortaise borgne, invisible sur la face extérieure, qui exige un contrôle précis de la profondeur de perçage ou de creusement.
- Le tenon à épaulement simple (un seul épaulement), réservé aux traverses de faible largeur où l’affleurement n’est nécessaire que sur une face.
Un arasement net sur les épaulements compte autant que la précision du tenon. Un épaulement mal dressé laisse un jour visible au joint, même si le tenon entre correctement dans la mortaise.

Traçage du tenon et de la mortaise : outils et méthode
Le traçage conditionne tout le reste. Une erreur d’un demi-millimètre au trait se traduit par un jeu ou un forçage à l’assemblage. Nous utilisons systématiquement un trusquin à deux pointes pour tracer les joues du tenon et les parois de la mortaise en un seul réglage.
Réglez le trusquin une seule fois et tracez les deux pièces sans modifier l’écartement. C’est la garantie que le tenon et la mortaise partagent exactement la même cote d’épaisseur. Changer le réglage entre les deux pièces est la source d’erreur la plus fréquente chez les débutants.
Ordre de traçage
Commencez par marquer la longueur du tenon à l’équerre sur les quatre faces de la traverse. Tracez ensuite les joues du tenon au trusquin, toujours en partant de la même face de référence (la face parement). Reportez le même réglage sur le montant pour tracer la mortaise.
Un couteau à tracer donne un trait plus fin et plus net qu’un crayon. Le sillon du couteau guide ensuite le ciseau pour l’arasement. Sur du chêne ou du hêtre, la différence de précision est nette.
Creuser la mortaise au ciseau à bois sans défonceuse
Beaucoup de tutoriels orientent immédiatement vers la défonceuse. Le ciseau à bois reste pourtant le meilleur outil d’apprentissage parce qu’il oblige à comprendre le sens du fil et la résistance du bois.
Choisissez un ciseau dont la largeur correspond exactement à l’épaisseur de la mortaise. Si votre mortaise fait 8 mm, prenez un ciseau de 8 mm. Vous évitez ainsi tout mouvement latéral parasite.
Technique de creusement
Positionnez le ciseau biseau vers l’intérieur, à trois millimètres du trait de fond de mortaise. Frappez verticalement au maillet, puis inclinez le ciseau pour lever un copeau. Progressez par passes de quelques millimètres en reculant vers le centre de la mortaise. Ne creusez jamais directement sur le trait de bout : le biseau du ciseau repousserait la matière au-delà de la ligne.
Creusez depuis les deux extrémités vers le centre pour garder les parois nettes. Dégagez les copeaux régulièrement. Une mortaise encombrée empêche le ciseau de descendre droit.
Pour la profondeur, un morceau de ruban adhésif sur la lame du ciseau sert de repère visuel. Vérifiez régulièrement avec une cale ou le tenon lui-même.

Scier le tenon à la main : scie à araser et précision du trait
La scie à araser est l’outil standard pour débiter le tenon. Sa lame fine et son dos rigide permettent un trait de scie droit, à condition de respecter une règle souvent mal appliquée : scier du côté déchet du trait de trusquin, jamais sur le trait ni côté tenon.
Commencez le sciage en inclinant la pièce à 45 degrés dans la presse d’établi. Sciez d’abord un chanfrein sur l’arête la plus éloignée, puis redressez progressivement la pièce jusqu’à l’horizontale. Cette approche en biais donne un contrôle visuel sur les deux traits (face et chant) simultanément.
Arasement des épaulements
Retournez la scie à plat pour couper les épaulements. Le trait de couteau tracé à l’équerre guide la lame. Sciez lentement, sans pression : le poids de la scie suffit. Un épaulement propre se reconnaît au contact franc et uniforme contre le montant lors de l’assemblage à blanc.
Ajustement et collage du tenon-mortaise : tolérance et chevillage
Un tenon correctement ajusté entre dans la mortaise avec une légère friction, sans maillet. Si vous devez forcer, le tenon est trop épais : reprenez au ciseau par passes fines sur une joue. Si le tenon tombe librement, deux options de rattrapage existent.
La première consiste à coller une fine bande de placage sur une joue du tenon pour regagner l’épaisseur manquante. La seconde, de plus en plus documentée dans les communautés d’amateurs, associe chevilles traversantes et colle polyuréthane pour verrouiller mécaniquement un tenon légèrement lâche. Cette approche hybride offre une tolérance d’usinage utile aux débutants, au prix d’une démontabilité quasi nulle.
Pour le collage classique, encollez les quatre faces de la mortaise et les joues du tenon. Assemblez, serrez avec un serre-joint en vérifiant l’équerrage aux diagonales. Essuyez les surplus de colle immédiatement avec un chiffon humide.
Le chevillage traditionnel (cheville en bois traversant le montant et le tenon) reste la méthode la plus fiable pour du mobilier autoportant soumis à des charges répétées. Une cheville de diamètre adapté, légèrement décalée vers l’épaulement (technique du tirefonnage), plaque le joint pendant des décennies sans colle.
La solidité finale dépend moins de la colle que de la surface de contact bois contre bois. Un assemblage serré et bien dressé, même sans colle, résiste souvent mieux qu’un assemblage lâche noyé d’adhésif.

